Chacun sa passion
Madame Michelle Brenier, professeur agrégé de langues,

Au bonheur des langues !

La réalité rurale, surtout celle des années 60-70, n'était pas forcement propice au développement linguistique. On peut dire qu'il n'y a rien d'étonnant en territoire monolingue. On oublierait alors l'arrière-plan dialectal des patois encore très vivaces à cette époque.

Pour ma part, j'ai été bercée, dans le quartier du Videau, par des conversations quasi exclusives en patois, conversations entre mon grand-père et sa sœur, longs échanges avec les voisins de droite ou de gauche, toujours dans ce même quartier. Ce patois, je le comprenais fort bien, même si je n'étais pas capable de le parler. Dans tous les cas, j'en conserve un souvenir très vivace et riche en émotions.

La seconde étape a été celle de l'apprentissage traditionnel des langues dans le secondaire.

Deux langues vivantes et une langue ancienne. Un regret : ne pas pouvoir en découvrir davantage ! Cela se poursuit à l'université avec un ancrage dans les langues anciennes : latin, grec, et sanskrit, si bien que cela se concrétise par un choix professionnel dans cette direction.

Les années passent.

Les voyages contribuent à soutenir pratique et goût des langues. Je découvre et apprécie de plus en plus les littératures francophones (canadiennes, antillaises, maghrébines, africaines, créoles au sens large du terme ). Puis c'est la décision de défricher le territoire FLE (Française Langue Etrangère) et de découvrir la passionnante aventure de la langue française hors de l'Hexagone. Cette aventure durera 7 ans, d'abord avec Grenoble puis avec l'université de Rouen. L'aventure croisée de la littérature et de la linguistique me fait progressivement m'intéresser à l'Océan Indien et à l'île Maurice en particulier. Cette dernière, au carrefour des influences africaines, arabes et indiennes, a été marquée par un double passé colonial, français jusqu'en 1814 puis anglais jusqu'à son indépendance. Sur cette île, les langues foisonnent avec prédominance en littérature du français, de l'hindi et du créole. L'anglais, quoique langue officielle, demeure en retrait dans ce domaine comme dans le monde des affaires, cela j'aurai l'occasion de le vérifier, lors d'un voyage d'études en 2002, l'occasion plus longue encore d'y réfléchir et d'argumenter à ce propos ( cf. les rapports entre français, anglais, créole et hindi) lorsqu'en 2004, je soutiens une thèse en sciences du langage : Ecrit francophone et parole sociale à Maurice .

Les langues sont et demeureront un enjeu de taille dans le monde, ce n'est pas vainement que l'on parle de " guerre des langues ". Mais cela ne doit pas occulter toutes les possibilités d'échange qu'elles offrent.

 

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